Au-delà de l’horizon… Pataugeant dans le domaine des dieux.

L’horizon est dominé par l’Acropole, acro-polis ; la « ville haute ». Symbole d’Athènes, de la Grèce antique, du pouvoir politique et de l’âge d’or de la civilisation grecque, l’Acropole fut, et reste, le cœur d’Athènes. Décrit comme le « centre du monde car le centre d’Athènes » par le rhéteur grec Aelius Aristides (117-181), l’Acropole avec ses nombreux temples fut également le foyer de la vie religieuse de la métropole grecque. Dans la lumière aveuglante les colonnes blanches du Parthénon, temple dédié à Athéna Parthénos, « la Vierge », déesse protectrice de la ville, se dessinent contre le ciel bleu intense. Un bleu ultramarine qui, au fur et à mesure qu’il monte au zénith, se mue en bleu indigo,s’éclaircissant doucement vers un bleu pastel jusqu’à s’évaporer dans un ciel gris argenté, transparent. Ce fluide subtil, impondérable, remplissant les espaces au-delà de l’atmosphère terrestre et dont les Anciens pensait qu’il n’était pas un élément terrestre et qu’il convoquait les astres. Éther, aether, l’air pur, le cinquième élément, associé avec Athéna, déesse du ciel, pure comme l’éther et vierge éternelle.

 

Pataugeant dans le domaine des dieux, Athènes, Grèce, septembre 2014.

 

La déesse Athéna est une des déesses majeures du panthéon grec. Son nom est vraisemblablement basé sur la vision des Athéniens anciens : A-theo-noa signifiant « l’esprit de Dieu ». Les mythes qui entourent sa naissance la désignent comme une déesse ayant un pouvoir sur tous les corps célestes, mais également comme déesse gracieuse de la fertilité. Néanmoins, sa vertu reste inaltérée. Elle naîtarmée et casquée du crâne de Zeus, son père le dieu suprême. Un terrible tremblement de terre et un raz de marée accompagnent sa naissance. Dans la mythologie, Athéna est représentée avec, dans une main Nike, la Victoire, et dans l’autre son bouclier. Outre déesse du ciel, elle est aussi la déesse formidable de la guerre et de la paix. Elle accomplit de grands exploits quand fait rage la guerre contre les Géants et elle joue un rôle significatif pendant la guerre de Troie en venant en aide à Achille et à Odysseus. Elle protège son héros préféré Héraclès lorsqu’il accomplit ses douze travaux. Des poètes lui attribuent souvent le surnom Athéna glaukios, « déesse avec les yeux rayonnants ». Sa fidèle compagne est la chouette avec qui elle partage cette particularité. Toutes deux sont symbole de la sagesse.

 

 

Athéna est honorée sous différents avatars. Dans sa personnification de Pallas Athéna, du verbe grec pallein, « brandir la lance », elle est la déesse brandissant la lance, image symbolique de son pouvoir sur la foudre. Athéna Obrimopatrê, « la fille d’un père fort », renvoi vers la relation entre Athéna et Zeus, car, selon la légende, elle serait née de son père. Athéna Promachos fait d’elle la déesse de la guerre. Elle est la protectrice des artisans et des travailleurs sous son épithète d’Athéna Erganê, « la travailleuse ».Sous son incarnation d’Athéna Polias, elle est patronne de la cité, protectrice de la famille et réunificatrice des hommes. Enfin, elle est la déesse de l’aether, pur et limpide, et la vierge éternelle ; Athéna Parthénos.

 

Selon le mythe, Poséidon et Athéna se sont disputés la possession de la ville qui portera le nom de celui qui lui offre le présent le plus utile. Le concours se déroule dans le domaine des dieux sous le patronage deZeus qui nomma arbitre le roi serpent Cécrops. Poséidon frappe son trident contre l’Acropole ; il en sort une source d’eau salée. Athéna y plante un olivier. Les dieux jugent le présent de la déesse plus utile, et lui consacrent la cité qui portera son nom. Depuis, l’olivier est considéré comme un arbre sacré et symbole de paix et prospérité.

 

Aux environs de 500 avant Jésus-Christ apparaît à Athènes une nouvelle pièce de monnaie, le tetradrachme. Le côté face est frappé de la tête d’Athéna, le côté pile comporte l’image d’une chouette et d’une branche d’olivier. Pendant les siècles suivants, le tetradrachme, contrairement aux premières pièces de monnaie athénienne ou la monnaie d’autres cités-états grecques, sera utilisé dans tout le bassin méditerranéen et deviendra le moyen de paiement « international ». Il est la preuve tangible du pouvoir commercial et du prestige politique d’Athènes. En plaçant la chouette et la branche d’olivier sur le côté national de leur pièce d’un euro, les Grecs honorent leur riche histoire.

 

 

Nous nous approchons de l’Acropole. Philippe et moi-même sont accompagnés de mes parents qui célèbrent leur cinquante années de mariage. J’observe avec tendresse mon père qui porte galamment le sac de ma maman. Notre chemin serpente à travers un bois de pins d’Alep et de pins parasols parmi lesquels de grands cyprès s’élèvent gracieusement vers le ciel. La lumière filtre à travers les arbres comme des couronnes rayonnantes et nous apprécions l’ombre que nous accorde la végétation méditerranéenne toujours verte. Nous avons hâte d’atteindre l’Acropole mais, involontairement, nous trainons. Car c’est la cité des dieux, un lieu interdit aux mortels et aux non initiés. Plus haut que nous grimpons, plus nous  nous raprochons du royaume des dieux, du ciel, de l’éther…

 

Le plateau rocheux d’environ cent cinquante mètres de hauteur, à l’origine entouré d’une plaine fertile, situé à une distance sûre mais pas trop éloignée de la mer, se prête par excellence pour y établir un village. Les premières traces d’occupation de la région d’Athènes datent du VIe millénaire avant Jésus-Christ. La première période d’habitation de l’Acropole remonte à la période mycénienne, autour de 1600 avant Jésus-Christ. Mille ans plus tard un certain nombre de constructions religieuses vont y être érigées, la plus importante étant le vieux temple dédié à Athéna sous son apparence de protectrice de la ville et de la famille : Athéna Polias.

 

 

En 480 avant Jésus-Christ, Athènes et l’Acropole sont dévastés par les armées perses. Après avoir chassé l’ennemi, Athènes entame son âge d’or. La cité-état se développe comme un empire. La personne qui marque cette période est Périclès (495-429 avant Jésus-Christ). Stratège éminent et influent, homme d’État charismatique, meneur incontestable du parti démocratique, Périclès devient le dirigeant de l’empire athénien pendant la période culturelle et politique la plus illustre que la ville n’ait jamais connu.Grâce à sa personnalité, Athènes sera la première ville dotée d’un gouvernement démocratique. En référence au célèbre homme politique et militaire qu’il fut, à quinze reprises, stratège d’Athènes, les historiens appellent le Ve siècle en Grèce le siècle de Périclès. À cette époque, la ville était considérée comme la capitale intellectuelle, artistique et politique du monde occidental. On parle aussi de l’Âge d’or athénien.

 

 

Une pente escarpée sur le flanc ouest donne accès à l’Acropole. Le chemin vers les propylées, entrée monumentale du sanctuaire, est rude. La chaleur, l’ascension et les hordes de touristes gâchent l’atmosphère sereine qu’on aimerait y trouver. Malgré cela, nous nous laissons emporter par les émotions que suscite l’endroit. Nous sommes sur ce lieu décrit par Plutarque comme : « Tous ces ouvrages dont il semblait que chacun dût exiger plusieurs générations successives pour être achevé, se trouvèrent tous terminés pendant la période d’apogée d’une seule carrière politique. Chacun d’eux, à peine fini, était si beau qu’il avait déjà le caractère de l’antique, et si parfait qu’il a gardé jusqu’à notre époque la fraîcheur d’un ouvrage récent ».

 

Les Propylées comprennent un bâtiment central, un vaste vestibule de forme rectangulaire, et deux ailes latérales. Les colonnades ouest et est comportent des colonnes doriques tandis que deux rangées de colonnes ioniques partagent le corridor principal en trois voies. L’aile sud des propylées donne accès au temple de Nike, la déesse de la victoire. Des cinq portes de la partie centrale, nous choisissons celle du milieu, suivant ainsi la Voie Sacré qu’empruntait jadis la procession des Panathénées.

 

 

Les Panathénées étaient des festivités religieuses et sociales de la cité d’Athènes qui se terminaient par une procession et un grand sacrifice en l’honneur d’Athéna Polias, celle qui veille sur la famille. Les festivités rassemblaient tous les habitants de la cité. Le point culminant des Panathénéesétait la grande procession. La présence des jeunes filles, les canéphores, était très importante car Athéna Parthénos, « la Vierge », était la déesse des jeunes filles. Elles devaient offrir à la statue d’Athéna un magnifique peplos tissé au cours de l’année. Après l’avoir porté en grande pompe dans toute la cité, le vêtement, qui devait être à la taille de la grande statue de la déesse au saint des saints du temple, était remis à Athéna. La procession du festival des Panathénées se terminait le soir par une grande fête d’offrande. Un taureau était sacrifié sur l’autel d’Athéna Polias et la viande était mangée lors d’un énorme banquet pour la clôture des festivités.

 

Nous atteignons l’Acropole. Nous nous arrêtons et contemplons l’image qu’offrent les ruines. De la terrasse autrefois si grandiose ne subsiste pas grand chose. Une énorme quantité de pierres est éparpillée dans l’herbe desséchée, les sanctuaires protégés par des cordes attachées à des piquets rouillés. Il fait chaud, il y a foule. Des visiteurs du monde entier se retrouvent ici pour admirer l’Acropole. Les guides avec des drapeaux ou des parapluies tentent de garder leurs  groupes disciplinés et rassemblés. Leurs voix font de grands efforts pour surpasser ceux de la concurrence. Les gens prennent des photographies, hurlent « cheese », trébuchent sur des fragments de blocs et semblent déjà songer au « frappé », café glacé, qu’ils vont déguster sous peu sur une terrasse. Car l’Acropole est un « numéro obligatoire », rarement apprécié comme il se doit. C’est étrange. Sur ce lieu sacré on pourrait s’attendre à n’entendre que chuchotements et regards déférents. Comment se fait il que le « touriste », d’office, soit athée ?

 

 

Je pense à ma première visite, il y a une dizaine d’années, sur ce sol sacré. C’était au mois de mai, l’air frais et le ciel indigo. Une fin d’après-midi paisible. Et si peu de monde sur l’Acropole que Philippe et moi avions un sentiment de perdition. Et de bonheur. Quelle chance d’arpenter ce haut lieu en toute sérénité, en silence, en lui consacrant le respect et l’admiration qu’il mérite. Aujourd’hui, certes, l’atmosphère n’est pas au recueillement, néanmoins, en regardant mes parents évoluer parmi les vieilles pierres dominant la ville, je sais qu’ils ressentent une profonde émotion. Ma mère, Wina, qui m’a transmis l’envie de découvrir le monde, des cultures et civilisations étrangères et la prévenance. Mon père, Pierre Schreurs, a qui je dois mon énergie, ma soif du savoir et le sens des affaires et de l’organisation. J’échange un coup d’œil avec Philippe, l’amour de ma vie, mon complice, mon âme sœur. Ici, aux origines de notre civilisation, au centre du monde, entourée de ceux que j’aime, je me sens comblée.

 

Nos regards sont imperturbablement attirés vers le Parthénon. De la magnificence de jadis reste peu, le toit a disparu et entre les rangées de colonnes on aperçoit le ciel azur. La plupart des reliefs ont disparu, volé ou mis à l’abri dans des musées, une grue occupe le lieu ou, il y a longtemps, dissimulée dans le saint des saints, trônait la statue d’Athéna. Reste la grandeur, l’ensemble majestueux, le sentiment de nous trouver face à un édifice majeur…

 

 

Le Parthénon représente l’apogée de l’architecture athénienne dans la période classique du Ve siècle avant Jésus-Christ. Il est le symbole de l’hégémonie d’Athènes suite aux guerres contre les Perses. Après avoir fait transférer le trésor de la Ligue de Délos vers Athènes, Périclès convainc l’assemblée du peuple de l’utiliser pour reconstruire avec une splendeur inégalée l’Acropole ravagé par les Perses en 480 avant Jésus-Christ. Le sculpteur Phidias et les architectes Ictinos et Callicratès en seront les maîtres d’œuvre.

 

Le Parthénon est un édifice périmètre ; c’est à dire entièrement entouré d’un rang de colonnes isolées du mur extérieur. Huit piliers sur le devant et à l’arrière, dix sept sur les faces latérales, le plan au sol est rectangulaire et élevé sur un podium à degrés. Le bâtiment est soumis à des règles mathématiques qui assurent une fusion harmonieuse entre longueur, hauteur et profondeur. Les colonnes, aux  tambours doriques, ont une hauteur de dix mètres et le diamètre varie entre 1,91  et 1,48 mètres entre la base et le sommet. Pour un effet optique optimal, toutes les colonnes sont légèrement renflées au tiers de leur hauteur en partant du pied. Elles sont également incurvées, et les piliers d’angle penchent du côté court ainsi que le côté long vers l’intérieur. Grâce à ce principe de variation en diamètres, « entatis », les colonnes paraissent parfaitement droites. Les colonnes d’angles, qui captent plus de lumière, sont aussi plus épaisses, car, se détachant sur le vide, elles sembleraient trop minces. Ces corrections apportent aussi des avantages techniques. Elles facilitent l’écoulement des eaux par la courbure du sol et renforcent la structure de l’ensemble réduisant le risque d’effondrement en cas de tremblement de terre.

 

 

La cella, le saint des saints, était partagée en deux parties : la véritable cella où se trouvait la statue de la déesse, et une chambre plus petite, opisthodomos, accessible depuis l’ouest, à l’arrière du temple. Dans la cella trônait la statue haute de douze mètres d’Athéna Parthenos réalisée par Phidias. La déesse est représentée debout, vêtue d’une péplos, armée et casquée. Elle offre Nike, la Victoire, aux Athéniens. L’œuvre est faite de chryséléphantine ; or et ivoire sur une armature en bois imputrescible. Cette technique de sculpture atteint son apogée avec les statues colossales de Zeus à Olympie, une des sept merveilles du monde également réalisée par Phidias, et d’Athéna Parthenos sur l’Acropole. Aujourd’hui, la statue nous est connue à travers des images sur des pièces de monnaies et quelques copies en marbre. Pausanias,géographe et voyageur de l’Antiquité, nous en a laissé une description détaillée. «  Elle est d’or et d’ivoire ; au milieu du casque qui la surmonte se trouve une représentation du Sphinx… De chaque côté du casque on a figuré des griffons en relief… La statue d’Athéna la représente debout avec une robe qui tombe jusqu’aux pieds ; sur la poitrine on a enchâssé la tête de Méduse, elle aussi en ivoire ; Athéna tient une Victoire de quatre coudées environ, et dans l’autre main une lance; un bouclier est posé contre ses jambes et près de la lance il y a un serpent… On a en outre sculpté la naissance de Pandore en relief sur la base de la statue. » La statue était entourée d’une galerie de colonnes de deux étages sur trois côtés de la pièce. Dans l’opisthodomos, quatre colonnes ioniques supportaient le toit. Selon une inscription, c’est à cet endroit qu’était conservé, à partir de 439 avant Jésus-Christ, le trésor de la ville.

 

 

Les deux frontons du temple, les quatre vingt douze métopes, et la frise à l’intérieur de la colonnade comportent des sculptures magnifiques représentant des scènes des batailles mythiques, la procession annuelle des Panathénées et des épisodes mythologiques de la vie d’Athéna. L’édifice est construit en marbre du Pentélique. Son toit était couvert de tuiles plates de marbre de cinquante kilogrammes chacune, agrémentées d’antéfixes et de palmettes polychromes. Des têtes de lions aux angles faisaient office de gargouilles. Le marbre pour les sculptures venait de l’île de Paros. Le Parthénon est la plus importante construction qui nous est parvenue de l’Antiquité classique.

 

 

Au VIe siècle, à l’époque byzantine, le Parthénon devient une église, église Sainte Sophie. On construit un clocher à l’angle sud ouest. Au Moyen-Âge, le sanctuaire  est dédié à la Vierge Marie. Après la conquête d’Athènes par les Turcs en 1460, le Parthénon devient une mosquée, le clocher un minaret. La visite, en 1674, de l’ambassadeur français le marquis Charles Olier de Nointel accompagné du peintre Jacques Carrey aura une importance majeure. Sur l’ordre de Nointel, celui-ci fait des dessins du Parthénon d’une valeur inestimable. Ce sont les seules images de l’édifice antérieures à sa destruction.

 

Pendant le siège d’Athènes par les Vénitiens sous l’autorité de Francesco Morosini en 1687, le Parthénon, utilisé par les Turcs comme dépôt de munitions, est touché par une bombe. L’explosion et l’incendie qui s’ensuit ravage la cella et la partie centrale du temple. Huit colonnes sur la face nord, six sur face sud, s’effondrent. Après la conquête de l’Acropole, Morosini tente d’enlever la galerie de sculptures du fronton ouest pour l’expédier en bateau à Venise. L’ensemble se désintègre et est définitivement perdu.

 

Thomas Bruce, Lord Elgin, occupe de 1799 jusque 1803 le poste d’ambassadeur de la Grande-Bretagne à Constantinople. Avec l’accord de la Sublime Porte, il collectionne des sculptures de l’Acropole et les fait transporter en Grande-Bretagne entre 1802 et 1804. En 1816, pour résoudre des soucis d’argent, il vend ses « Elgin marbles » au British Museum où aujourd’hui les plupart des métopes et les sculptures du fronton du Parthénon sont exposées en dépit de l’énorme pression du gouvernement grec pour les récupérer.

 

Au sommet de l’Acropole nous trouvons un muret à l’ombre d’un cyprès solitaire. Le regard tourné vers l’entrée orientale du Parthénon, nous laissons filer le temps. Nous observons les pierres millénaires en essayant d’imaginer comment était la vie à Athènes à cette époque. Athènes, ville de l’Antiquité, capitale de la Grèce. Athènes, métropole cosmopolite de presque cinq millions d’habitants. Athènes, poussiéreuse, chaotique, où la pollution a atteint un seuil alarmant. Rome est connu comme la « ville éternelle ». Athènes est le berceau de notre civilisation, lieu de naissance de la démocratie, des Jeux Olympiques, de la science politique, de la littérature occidentale, des principaux théorèmes mathématiques, du théâtre, une ville où les dieux semblent toujours présents.

 

Au nord de l’Acropole trône l’Érechthéion, édifié par l’architecte Philoclès. Ce temple, nommé d’après Erchthée, l’un des rois fondateurs légendaires d’Athènes, est le fruit de l’assemblage de plusieurs sanctuaires, et le besoin de préserver les sites sacrés explique probablement la complexité de sa conception. L’édifice remplace le temple archaïque d’Athéna Polias. Il regroupait certaines des reliques les plus anciennes et les plus sacrées des Athéniens. Le temple, d’ordre ionique est, dès sa construction, loué pour son élégance et ses colonnes fines et élancées.

 

 

L’Érechthéion estconstitué de plusieurs sanctuaires : un corps principal, les portiques nord et sud et plusieurs annexes. Dues aux différences de niveau du sol du plateau de l’Acropole, la partie ouest du temple se situe trois mètres plus bas que la partie orientale. Durant l’Antiquité, le sanctuaire principal comportait deux cellae : l’une dédiée à Erchthée et Poséidon, et l’autre pour la très ancienne statue de culte d’Athéna Polias, une statue en bois, xoanon, dont la tradition voulait qu’elle fut tombée du ciel. N’est-il pas approprié qu’ici, sur ce lieu sacré, le domaine d’Athéna, et surtout dans ce temple, son sanctuaire comme protectrice de la famille, nous célébrions les noces d’or de mes parents ? Quel privilège d’être ici, réunis ; ma mère, mon père, leur fille, leur gendre, une famille : notre famille.

 

 

À l’extérieur du temple eut lieux le duel entre Athéna et Poséidon. On peut voir le roc fendu par le trident de Poséidon, et l’olivier sacré d’Athéna. Autrefois se trouvait là un autel dédié à Zeus et les tombeaux de deux rois légendaires d’Athènes : Erechthée et Cécrops, ainsi que la tombe de Pandrose, une de trois fillesde Cécrops, toutes  trois prêtresses de l’Érechthéion.

 

Six statues de jeunes filles drapées de peplos, hautes de deux mètres trente, servent de colonnes supportant l’entablement, leur tête en guise de chapiteau : la fameuse tribune des caryatides. Hélas, en 1801, Lord Elgin dérobe l’une d’entre elles. Plus tard, elle est remplacée par une copie. Aujourd’hui, les caryatides ont toutes été remplacées par des copies. Les originales sont au musée, sauf une…

 

Une caryatide est une statue de femme souvent vêtue d’une longue tunique, soutenant un entablement sur la tête, remplaçant ainsi une colonne, un pilier ou un pilastre. Le terme grec caryatides signifie littéralement « vierges de Karyai », une cité du Péloponnèse. Dans l’Antiquité, cette ville était renommée pour son temple dédié à la déesse Artémis Karyatis. Pendant les fêtes du temple à Karyai, des jeunes filles exécutaient des danses en l’honneur d’Artémis, la déesse mère. Les caryatides les plus anciennes ornent les trésors de Cnide et Siphnos à  Delphes à partir du VIe siècle avant Jésus-Christ. Les atlantes ou telamones, porteurs architecturaux sous forme masculine, sont les pendants des caryatides. Une autre variation est la canefora : jeune fille portant des corbeilles sur la tête. Le terme signifie « porteuse de corbeilles ». La grande attention portée à l’Antiquité classique pendant la renaissance mène à la redécouverte des caryatides. En France de nombreux bâtiments, dont le Louvre, sont ornés de caryatides. Le portique des caryatides est copié dans l’aile sud de l’église londonienne Saint Pancras. Au Pays-Bas, des caryatides ornent le Palais Royal sur le Dam à Amsterdam.

 

C’est au musée de l’Acropole que nous pouvons admirer la beauté des caryatides. Les habits plissés, les traits des visages fins, l’élégance des coiffures tressées. Les statues magnifiques rayonnent de dignité et de grâce. Je me souviens de notre dernier séjour à Athènes en 2006. Les caryatides étaient encore dans le vieux musée de l’Acropole, un bâtiment miteux situé sur l’Acropole près du Parthénon. Elles étaient là, dans une salle froide et poussiéreuse, éclairées aux néons. En dépit de quelques pièces majeures, la visite de ce musée ne m’impressionna guère et je me souviens d’avoir pensé que la frise du Parthénon n’était peut-être pas si mal au Brittish Museum à Londres où elle est exposée depuis 1816 et où nous avons eu de la chance de les admirer.

 

En 2009, au pied de l’Acropole, fut inauguré le New Acropolis Museum de Bernard Tschumi. Le bâtiment ultramoderne repose sur cent piliers effilés en béton. À travers le sol du rez-de-chaussée, on peut contempler des vestiges du IVe siècle avant Jésus-Christ jusqu’au VII après Jésus-Christ. La collection exposée dans les salles spacieuses comprend environ quatre mille objets. La galerie du Parthénon, au dernier étage, nous impressionne le plus. Ici est reproduite la frise du Parthénon avec des fragments des métopes retrouvées. Les parties manquantes se trouvant au Brittish Museum ont été remplacées par des copies en plâtre. À travers les immenses baies vitrées nos regards se lèvent vers l’Acropole. Au pied de la montagne sacrée s’étend la ville, immense, et remplie de trésors.

 

 

Le ciel s’obscurcit et de gros cumulus se forment au dessus de l’Acropole. La brise se lève. L’orage semble se rapprocher. Une menace ? Mais non, un vent venant de la mer balaye le ciel chassant les nuages. Seules quelques gouttes tombent. Une bénédiction ? Peut-être un signe bienveillant des dieux ? Car à Athènes, les dieux paraissent omniprésents tant que l’éther domine la voute céleste…

 

Juin 2018. En hommage à mon père, décédé le 8 juin 2018 tel qu’il a vécu ; digne, fort et avec humour jusqu’à ses derniers instants.

https://annetterossiphoto.wordpress.com/2018/07/12/pierre-schreurs-mon-pere-pierre-schreurs-mijn-vader-pierre-schreurs-my-father/

 

© Texte & photos (sauf images d’archives) : Annette Rossi.

 Image d’en tête : Érechthéion.

3 réflexions au sujet de “Au-delà de l’horizon… Pataugeant dans le domaine des dieux.”

  1. Merci pour ce beau texte et ce souvenir de Pierre. Avec Jacqueline nous y avons été en janvier 74, trente ans avant ce voyage. Il n’y avait personne, nous et notre guide, c’était lors du procès des colonels. Par contre il y faisait un froid de gueux. Je vous embrasse.

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  2. Bel article, bien documenté et émouvant, provoquant des sensations intenses et l’envie de retourner à Athènes pour visiter l’Acropole « différemment ». Bel hommage aussi à votre père!

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